Pour être créatifs, soyons humains!

Pour être créatifs, soyons humains!

À l’heure où la technologie envahit notre espace privé et professionnel, les compétences humaines ont un rôle déterminant à jouer.

Les compétences humaines sont de plus en plus valorisées en entreprise: intuition, écoute, empathie, capacité à résoudre les problèmes, esprit critique et collaboration, pour n’en citer que quelques-unes. Croyez-en Christian Krommé, célèbre entrepreneur du futur et conférencier à succès, qui soutient dans son bestseller Humanification, Go Digital, Stay Human que «les compétences dont nous aurons besoin dans le futur sont les compétences humaines. Celles qui sont davantage associées au cœur qu’au cerveau. La créativité est l’une d’elles, parce que la technologie peut faire des choses efficacement et correctement, mais elle n’invente rien.»

Mais, au fait, comment devient-on créatif?

Le pouvoir de l’humilité

La réponse se trouve peut-être dans le doute et dans la capacité à avouer—et à s’avouer à soi-même—qu’on ne sait pas.

Une posture qui semble aller à l’encontre des attentes d’un employeur à l’égard de son employé: avouer son ignorance, c’est comme admettre son incompétence à livrer ce pourquoi on est payé, non? «Non, répond le brillant Karim Aktouf, responsable de l’innovation pédagogique à la Factry. Quand on sait, on ne cherche pas. C’est le doute qui est créatif.»

Dans l’acception courante, le chaos, au sens philosophique et mathématique du terme, renvoie injustement à l’absence de règles. Or, le chaos n’est pas l’anarchie; il est régi par des règles qu’on ne connait pas encore. C’est de l’inconnu que nait la création. Mary Shelley, l’autrice de Frankenstein, l’a dit il y a fort longtemps: «Nous devons humblement admettre que l’invention ne consiste pas à créer à partir du vide, mais plutôt à partir du chaos.»

Une notion difficilement conciliable avec le contrôle, socle de la gestion d’entreprise, qui consiste à anticiper les étapes pour atteindre un objectif: planification, échéancier, budget, résultat, etc. «Aujourd’hui, la créativité et l’innovation en entreprise sont très à la mode, mais ce qu’on demande aux employés, même sans s’en rendre compte, c’est de livrer ce qui a été prévu, ce qui aboutit à une contradiction», explique Karim Aktouf. Ainsi, méfions-nous de céder au piège du «blanchiment créatif», une attitude frauduleusement vertueuse qui, à l’instar de l’écoblanchiment, consiste à faire passer pour de la créativité une simple relecture de ce qui existe déjà!

Votre intuition vous parle!

«Faites confiance au processus», martèle depuis des décennies l’un des plus grands créatifs des cent dernières années, Ed Catmull, ancien président de Pixar. «On ne sait pas où on s’en va, mais il faut faire confiance à l’exploration et au risque d’échec», explique Karim Aktouf. C’est la règle qui sous-tend la créativité, l’«innovation de rupture», qui fait de l’échec une étape comme une autre du processus créatif. S’il tend à être reconnu dans la sphère privée comme source d’apprentissage, l’échec n’a pas encore gagné ses galons dans le cadre professionnel.

Voyez l’exemple de l’entreprise Google: «C’est la seule compagnie qui valorise ses échecs!», en dit Karim Aktouf. Parce qu’un échec, c’est aussi une piste qu’on a explorée… et qui marchera peut-être plus tard. Ou pas.

SpaceX va, quant à elle, jusqu’à montrer ses échecs en direct. Qu’on aime ou pas le style d’Elon Musk, poursuit Aktouf, «c’est le seul que je connaisse à avoir créé une compagnie privée qui amène des humains dans l’espace! Starship va changer le milieu de l’exploration spatiale.»

Faire confiance au processus, c’est valoriser l’intuition, une autre compétence transversale qui nous distingue de la machine et des robots.

Nos amis les robots?

Une observation que n’ont pas manqué de faire les Pausiens, étudiants à la Factry, lors d’un atelier animé par Karim Aktouf et… le robot Spot, 32 kilogrammes de force brute, une vision à 360 degrés, capable de réaliser une multitude de tâches préprogrammées comme ouvrir une porte, planter un arbre, calculer à la vitesse de l’éclair ou inspecter les replis d’un chantier de construction difficiles d’accès.

Créé par Boston Dynamics, Spot est certes l’un des robots les plus technologiquement avancés qui soient (ses facultés cognitives et motrices sont meilleures que les vôtres!), mais n’attendez pas de lui qu’il fasse preuve d’intuition ni d’empathie. Les décisions qu’il prend sont conditionnées par des algorithmes.

Rien d’émotionnel chez Spot, mais une intelligence artificielle à la fine pointe. Voilà qui redonne à l’humain la place qui lui revient aux côtés de la robotique: un «savoir-être» indispensable au processus collaboratif. Pour Stewart Butterfield, fondateur de Flickr et de la plateforme de communication Slack, c’est l’empathie qui doit se nicher au sommet des compétences d’un candidat en entreprise: «Au sujet des qualités que nous recherchons chez les employés, l’empathie en est une d’importance. Si vous démontrez de l’empathie pour les gens, vous êtes en mesure de faire du bon travail. Si vous en êtes incapable, vous pourrez difficilement donner du feedback à vos employés et les aider à performer», a-t-il dit au New York Times.

Bonne nouvelle: cette compétence transversale s’apprend, comme les mathématiques ou les sciences naturelles. Dans les écoles primaires et secondaires danoises, elle figure même au rang des disciplines obligatoires. Ni sympathie ni compassion: l’empathie consiste à se mettre à la place de l’autre pour comprendre son point de vue et trouver ensemble des solutions à un problème commun. Son outil de prédilection: l’écoute active.

Selon Christian Krommé, ces aptitudes devraient révolutionner notre rapport au travail, mais aussi à la société en général. Quant au remplacement de l’humain par les robots, ce n’est pas encore pour demain, si l’on en croit l’étude de ManpowerGroup, qui conclut: «Dans 34 des 42 pays sondés, les chefs d’entreprise qui ont l’intention d’augmenter leurs effectifs sont majoritaires», notamment dans l’expertise informatique et technologique. Ce sont les tâches répétitives et routinières qui devraient être fortement affectées par l’essor technologique.

Qui s’en plaindra?

– Nathalie Schneider

Nathalie Schneider est journaliste spécialisée dans le plein air et le tourisme d’aventure et compte à son actif un très grand nombre de reportages de terrain. Elle est chroniqueuse plein air notamment au Devoir et occasionnellement à la radio de Radio-Canada. Elle s’intéresse également à des sujets reliés à la société, à l’art et à l’environnement.

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